Mais qu’est ce qui nous arrive ?
Voilà bientôt un an que nous vivons au rythme des règles plus ou moins contraignantes que les risques sanitaires liés au COVID imposent.


Confinement d’abord, puis accalmie au printemps 2020 avant un reconfinement en Octobre entrainant fermetures des commerces et villes moribondes avant le couvre feu actuel et la menace grandissante d’un nouveau confinement qui pourrait précéder un autre relâchement aux beaux jours dont on espère qu’il sera le dernier au bénéfice de la campagne de vaccination qui devrait pouvoir nous mettre à l’abri avant l’automne prochain.

Tout ceci bien entendu se passera comme espéré sous réserve que nos vaccins Américain, Européen, Chinois et Russe fonctionnent encore dans quelques mois pour nous immuniser des « variants » Anglais, Brésilien et Sud Africain qui sortent d’on ne sait où et sévissent actuellement comme jamais.


C’est une véritable guerre mondiale qui se déroule sous nos yeux dont l’arme la plus efficacement utilisée pour l’instant est le gel hydroalcoolique et il est évident qu’avec les vaccins, cela ira bientôt mieux sauf qu’avant d’aller bien mieux, ca risque d’abord d’aller beaucoup plus mal.


Cette incertitude nous mine le moral car nous ne sommes plus du tout habitués à ne pas savoir et force est de constater que l’humanité n’est plus véritablement capable de se projeter à plus de quinze jours.


Avec la somme d’informations que nous ingurgitons à l’heure sur les chaines infos, les vrais fausses nouvelles émanant des réseaux sociaux et la « barre google » qui a fait de nous en trois clics et une lecture en diagonale des érudits de façade, nous avons perdu l’habitude de ne plus savoir et nous ne le supportons plus.


Comme dans le même temps nous traversons une époque où rien ne doit résulter du hasard, où nous devons trouver un responsable à chaque situation, beaucoup aggravent leur stress par la colère qu’ils expriment notamment contre nos dirigeants qui ont pourtant essayé, malgré l’omniprésent conseil scientifique et le nombre insensé de médecins épidémiologistes qui constituent autant de pseudo-sachants, d’exprimer avec une certaine humilité le fait que l’on avance tous ensemble au cœur de cette épidémie pied à pied et à tâtons.


Je défend nos gouvernants à la place desquels je n’aurais pas aimé me trouver ni en voir d’autres et notamment ceux qui font preuve de la plus grande virulence qui cache mal leur incompétence.

Ceci étant dit, je déplore le fait que depuis trop longtemps, à défaut d’avoir une vision globale de notre société à long terme, nos responsables politiques se sont bornés à gouverner notre pays « à réactions » tant chaque fait divers ou telle situation suscitant une émotion aboutissait systématiquement à un décret ou un projet de loi destiné à empêcher que les faits se reproduisent, comme si nous pouvions ambitionner d’avoir toujours le pouvoir de tout empêcher, comme un immeuble de brûler, un avion de s’écraser ou un terroriste de frapper au hasard…


Mais dans ce contexte pour le moins inquiétant, ou nous devrions nous consacrer à nous protéger les uns et les autres et réciproquement, le plus troublant, et surement le plus déprimant, consiste à ne pas reconnaitre notre environnement et à ressentir comme un genre de mal du pays sans pourtant avoir bougé de chez nous.

En effet, on ne peut plus trop se déplacer, ou si peu, et on reste chez nous car nous y sommes obligés et pourtant, si on y songe, pour peu que nous ayons simplement conscience de notre environnement, nous sommes actuellement en proie à une mélancolie, similaire à la nostalgie traditionnelle qui nous emporte par exemple quand on reste éloigné trop longtemps loin de chez soi et ce, alors même que nous sommes restés là.


Il s’agit d’une émotion de plus en plus répandue qui résulte d’un phénomène dont les facteurs sont souvent naturels, comme les catastrophes, au premier rang desquelles les inondations, qui défigurent notre environnent et qui ne nous ont pas épargné ces derniers temps, ou artificiels, comme les guerres ou les attentats qui nous ont également considérablement affecté.


Ces évènements changent le regard que l’on porte ou l’image que l’on avait de notre environnement, tant physiquement que psychologiquement et nous nourrissons une anxiété face à ce cadre familier qui a été altéré.


Ce sentiment n’est pas nouveau et certains montrent du doigt « le chaos climatique » qui en serait la cause générale la plus profonde comme l’observait le philosophe Gleen Albrecht qui a inventé le concept mais ce sont à l’évidence aujourd’hui, au premier chef, les mesures sanitaires contraignantes qui dénaturent nos environnements et réactivent ce phénomène émotionnel que l’on appelle la SOLASTALGIE….


Ce mal du pays sans exil est juste lié au fait qu’on ne reconnait plus notre entourage.


C’est le confinement et le couvre feu qui font chuter le moral mais avec eux, le fait de voir les rues de nos villes vides, la fermeture des commerces comme les bars et les restaurants qui sont autant de repaires essentiels pour nous retrouver.


Nous vivons la triste expérience de la perte de nos endroits et repaires familiers qui se dégradent, comme les salles de spectacles qui sont fermées, les stades qui sont vides, et plus généralement le port du masque généralisé qui fait que l’on ne croise plus les mêmes personnes aux endroits où on les a toujours croisé mais des gens que l’on reconnait à peine alors qu’on les connait si bien et avec lesquels on n’échange plus comme on échangeait avant à commencer par les embrassades qui ne servaient peut-être à rien mais qui avaient le mérite de ponctuer agreablement le temps qui passe au gré de nos rencontres.


Mettre des mots sur ce que l’on ressent est déjà un soulagement, une forme de lucidité qui doit conduire à un genre d’acceptation mais pas à la résignation qui impliquerait que nous ne souhaitons pas sortir de ce marasme.


Mais quelle est la solution pour ne pas tomber dans la Solastalgie, cette déprime de notre monde qui se vide dans laquelle on a tendance à s’enfoncer.


Probablement se tourner vers l’action, profiter du vide pour agir, faire ce que nous n’aurions pas eu le temps de faire si celui-ci avait été normalement rempli.

L’action permettant de passer d’un sentiment d’impuissance qui nous hante à celui de l’utilité qui redonne espoir, cela peut résider dans de petits gestes utiles, se remettre à lire davantage, profiter enfin de la nature, se remettre à rêver de la ruralité, se tourner vers les marchés de proximités et les circuits courts, changer de régime alimentaire, partager des plaisirs simples et tacher de les transmettre.

Plutot que d’assister impuissant et déprimé au changement de notre environnement et parce que ce qu’on ne peut pas éviter, il est préférable de le vouloir, il faut agir pour contribuer à changer les choses, ce qui peut aussi se manifester par la volonté de s’engager plus profondément pour tacher de se procurer le seul bonheur qui a vraiment du sens, celui qui résulte du fait de s’occuper des autres.