A l’opposé de la Montagne Noire qui limite au Nord le département de l’Aude, un autre récif, la Corbiere, surplombe au sud la plaine viticole Audoise.

L’Alaric qui en est la dernière vague doit encore être traversée ou contournée pour parvenir à pénétrer au sein de la Corbière chaotique qui se montre austère et grave, âpre et pure, intemporelle et frappée du sceau du Catharisme.

A la fois terre grise de cendres et rouge sang, désertique et désordonnée, la Corbière est d’une beauté déconcertante tout aussi démunie que lumineuse, possédant une flore foisonnante et des atouts tellement nombreux et variés qu’on l’écrit désormais systematiquement au pluriel…

De toutes les portes à franchir pour rentrer dans les Corbières, celle que je préfère est celle qui passe devant chez moi, à Trêbes, que l’on emprunte en s’engouffrant discrètement avant le pont de « forges » sur la route de Lagrasse qui passe par Fonties et Monze vers Pradelles-en-Val où une première halte s’impose.

De la route, la bâtisse imposante de quatre vingt dix mètres de long, identifiée sous le nom de « la Bourdasso », ne laisse voir que ses lampions qui lui donnent un côté féerique et qui constituent le signe donné pour enclencher son clignotant…

Il faut s’y arrêter, et si possible un peu avant l’heure du repas du soir lorsque le soleil orangé caresse le vallon tout entier, pour non seulement déguster une superbe cuisine italienne mais également aller à la rencontre de la magnifique famille Antonini venue de Rome et qui a posé ici depuis près de dix ans ses valises dans lesquelles se trouvaient un sens de l’hospitalité inouï, un goût du travail et surtout de celui qui est bien fait, outre un enthousiasme et une gentillesse sans borne ni frontière.

Si vous loupez le « tourne à gauche » en direction de ce havre de paix aux accents italiens ou si vous préférez l’esprit « café du village », continuez vers Pradelles-en-val, traversez ce bourg vigneron et prenez à gauche au premier croisement en direction du Val-de-Dagne, anciennement Montlaur, qui est aussi la direction à prendre si on veut contempler un peu plus loin les gorges du Congoust…

C’est alors Aurélien Cornac qui vous accueillera dans son atelier de bistronomie qui se nomme Vins de Dagne, caché sous les platanes entre l’église et l’école du village, au sein duquel vous découvrirez ce qu’est la gentillesse avec un grand « G » dont fait preuve naturellement cet individu qui s’est initié autour du monde à la cuisine ainsi qu’aux relations humaines et qui a eu ensuite l’heureuse idée de revenir chez lui, au cœur des Corbiéres, pour diffuser au plus grand nombre sa bonhommie et ses talents qui lui permettent de nous faire découvrir autant de crus fabuleux que de viandes exceptionnelles qui ne demandent qu’à être dégustés en coopération sous l’immense carte des Corbiéres qui devrait vous inspirer au moment de prendre la route pour ailleurs…

Ailleurs, mais pas si loin, la Corbière est également belle de ses lieux de recueillement en ce qu’ils sont chargés d’histoire comme le cloître de Saint Hilaire à 33 km a l’Ouest ou l’abbaye de Lagrasse à 17 km à l’Est.

Elle est belle aussi à l’image des légendaires silhouettes de remparts qui montent la garde depuis l’époque féodale à Durfort, Termes, Queribus, Peyrepertuse, Aguilar mais aussi à Auriac, Durban, Saint Martin de Toques, Mas de Cours et Villerouge Termenes qui aura vu en 1321 la disparition de Guilhem Bellibaste, dernier parfait cathare mort sur le bûcher…

Elle est belle enfin en ce qu’elle est très aride mais aussi traversée de cours d’eau notamment par l’Orbieu, rivière qui descend de gorges en défilés depuis le lieu-dit « le Puget » au nord de la commune de Fourtou jusqu’à son confluent qu’elle rejoint entre Raissac et Saint Nazaire d’Aude après avoir traversé quasi perpendiculairement la route du peuple qui rejoint Toulouse à Montpellier tandis que l’Agly, de son côté, creuse la faille tragique de Galamus au dessus de laquelle, six cent mètres plus haut, la route suspendue sans demi-tour possible nous relie aux Pyrénées orientales.

Plus au nord, le plus modeste ruisseau des Mattes emprunte un spectaculaire défilé entre les Montagnes d’Alaric et de la Coque au sein de ce que les Romains ont nommé co-angustum signifiant « passage étriqué » devenu les fameuses gorges du Congoust constituées de falaises calcaires animées de cascades et de marmites rythmant en contrebas le cours de l’eau et permettant en surplomb à l’une des plus belles routes de France de rejoindre le Val de Dagne à Camplong (D114).

Tout autour, de merveilleuses randonnées sont à faire, par le GR 36, qui est un véritable sentier à remonter le temps, et notamment celle qui mène au Roc de l’Aigle en s’approchant des ruines romantiques du prieuré de Saint Michel de Nahuze (XIe) où, depuis la nuit des temps et jusque dans les années 1940, les villageois des alentours montaient en pèlerinage pour solliciter la pluie les années de sécheresse en chantant, comme le dit la légende, cette chanson qui caractérise si bien notre territoire :

*🎶San Miguel, dona nos d’aiga barejada amb de vi, mai de vi que d’aiga..🎵🎶

* « Saint Michel, donne nous de l’eau, mélangée avec du vin, plus de vin que d’eau.. »

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