Pour que Carcas sonne et que danse avec elle l’Aude tout entier

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Je veux saluer et rendre hommage à ceux qui aiment l’Aude pour son histoire, qui l’aiment pour sa géographie, à ceux qui aiment ce département pour ses racines et qui se préoccupent de son avenir.

J’aime rappeler à mes enfants, peut-être pour les encourager à y rester, non seulement que l’Aude est magnifiquement situé au Centre de la région Occitanie, entre Gascogne et Méditerranée, entre les Cévennes et les Pyrénées,  mais également qu’il représente superbement, au point de vue territorial, la synthèse de la France.

En effet, dans l’étroitesse de ses frontières, l’Aude, que Jean Girou a fidèlement et fièrement décrit, nous offre le désert et la plaine, les causses et les coteaux, les landes et les forêts, la montagne et la mer et donc, pour ainsi dire, dans cet espace restreint, le résumé du paysage Français, un microcosme tel que s’il ne fallait garder de la France qu’un seul département comme échantillon, ce serait l’Aude qu’on choisirait car on pourrait, avec facilité, y composer toute la France.

La grande diversité de notre département est son atout mais il semble être sa faiblesse aussi si on en croit les difficultés éprouvées pour harmoniser les différents courants de notre communication collective.

L’Aude est en effet un pays de vents aux souffles alternés, du cers vif et froid qui descend du Nord et du marin épais, chaud et humide qui vient d’Espagne.

Il y a ceux qui vivent au pays du cyprès et ceux qui comme moi descendent tout droit de la civilisation de l’olivier mais il y a aussi les adeptes du sapin et du mélèze, ou bien encore ceux qui cultivent et moissonnent les blés à côté de ceux qui vendangent les vignes pour produire, certains du raisin et d’autres du vin.

Comme l’Aude possède tous les paysages, il possède aussi tous les climats, tous les fruits, toutes les fleurs, toutes les chasses, du sanglier à l’isard en passant par le lièvre et toutes les pêches aussi…

Avec ses sites déjà classés et ceux qui le seront bientôt, sa Cité devenue Grand Site, le canal du Midi, ses châteaux cathare, ou sentinelles de montagne, et plus de 50 km de plages ou de falaises sur le littoral méditerranéen, notre département est d’une beauté qui ne devrait qu’inciter à la découverte, susciter toutes sortes de vocations, forcer souvent l’admiration et inviter aussi parfois à quelques réflexions.

Pourtant, alors que le tourisme a pris globalement son envol en 2017 sur tout le territoire national, l’Aude et plus spécialement son phare emblématique que constitue la Cité de Carcassonne semble marquer le pas et connaître une baisse de fréquentation.

Bien sûr il y a eu l’an dernier encore vingt millions de nuitée dans notre département pour ceux qui ont souhaité le visiter, mais seule 14 % ont été recensées dans le Carcassonnais…

Nous avons probablement commis des erreurs techniques et stratégiques pour aboutir à un tel résultat, mais à la décharge de nos élus, il est facile de tomber dans le piège, en disposant de tels atouts, qui consiste à nous reposer sur nos lauriers et à considérer que la Cité, qui attire et fascine depuis un millénaire, attirera encore forcément 1000 ans de plus sans qu’il soit besoin d’y faire grand-chose.

Améliorer les choses est l’apanage de ceux qui n’ont rien et au contraire, ceux qui disposent de toutes les richesses ont tendance à se satisfaire du fait de penser qu’ils en disposent.

Mais existe t-il beaucoup d’endroit dans le monde comme la Cité où devant elle tu peux fermer les yeux, respirer, ré-ouvrir les yeux et avoir l’impression que tu as voyagé dans le temps ?

Il y a bien peu d’humilité à dire cela mais la Cité est bien là, au centre du département, classée comme Grand Site et dont la première grandeur devrait consister à être le moyen de rapprocher et fédérer tous les audois autour d’elle.

La seule chose que je suis en mesure d’affirmer à cet égard, parce que chacun de mes modestes engagements dans les domaines associatifs, sportifs, ludiques, traditionnels ou familiaux n’ont consisté qu’à tenter sans cesse de rapprocher les gens, c’est que l’on ne peut réaliser de belles choses qui profitent au plus grand nombre que si l’on fait abstraction de ses intérêts propres et si on recherche à partager une vision commune du bien-être collectif.

Même s’il y a un Conseil Départemental qui est censé mener une politique globale et harmonieuse, force est de constater que dans l’esprit des gens, au-delà des aspects si différents de notre territoire qui permettraient de recomposer ici toute la France, il est impossible d’expliquer pourquoi, au sein même du département, les Audois semblent se replier sur eux-mêmes.

Il y a en effet encore chez nous, comme il y avait au début du siècle dernier chez Jean de Florette ceux des Bastides Blanches et ceux de Crespin, des gens qui ne s’aiment pas, mais qui ne sauront probablement jamais pourquoi.

Par exemple, comment expliquer que les festivités majeures qui se déroulent durant l’été tant à Narbonne qu’à Carcassonne ou à Castelnaudary ont toutes lieu le même dernier week-end du mois d’Août.

Serions nous frappés sans le savoir du syndrome Catalan pour estimer que le « Festival TRENET » à Narbonne (devenu par pudeur « Barques en scène »), serait condamné à n’intéresser que les Narbonnais tandis que la Féria serait réservée aux Carcassonnais et la Fête du Cassoulet accessible qu’aux seuls habitants de la capitale chaurienne peut-être pour marquer ainsi une certaine volonté d’indépendance et même de concurrence.

En réalité, c’est simplement une idiotie et je le dis d’autant plus fermement que j’ai personnellement essayé en vain d’y remédier.

Il faut se rendre à l’évidence, l’Aude est duelle et pose en son sein des frontières partout : L’Est et l’Ouest, les campagnes et les villes, Carcassonne et Narbonne, Castelnaudary et Limoux, ses deux rugbys inconciliables, les villes phares et les communautés de communes,  leurs offices de tourisme respectifs concurrents et surabondants, la pure nature d’un côté et Monsanto/Malvesi de l’autre, les belles pensées qui s’opposent aux vilaines actions, partout des pros et des antis et leur lot d’intolérance qui nous consume à petit feu.

Il est grand temps de sonner le tocsin pour éviter d’entendre sonner l’hallali et d’essayer de rassembler les Audois autour de la nécessaire et salutaire démarche qui consiste, dans l’intérêt de tous, à rassembler nos moyens et à s’employer à mettre en avant tous les trésors que notre territoire recèle, les produits de nos terroirs, ses sites touristiques que nous avons sous les yeux et dont l’importance et l’ampleur disparaissent parfois sous la brume diffusée par les relents infectieux des discordes politiques stériles.

Mais pour cela il faut chercher à comprendre notre département et comprendre ce territoire, c’est d’abord se mettre à sa disposition pour le servir en combattant cette dualité qui l’asphyxie.

Servir l’Aude ne réside pas uniquement dans l’acte de mettre en évidence ce qui ébloui et qui marche déjà.

Servir l’Aude pourrait consister à ne pas se contenter des visiteurs qui passent moins de deux heures à la Cité avec un ticket moyen inférieur à 10 euros avant de quitter le département par l’autoroute ou le chemin de fer sans LGV vers Toulouse ou vers l’Espagne avec comme souvenir le plus prégnant celui du prix du parking tout aussi exorbitant que celui du sandwich-kebab de midi ou celui d’une ville assiégée par les supermarchés.

Servir les Audois pourrait reposer sur l’idée de déceler toutes les beautés cachées de cette terre d’Aude pour les promouvoir et inciter les visiteurs à quitter la Cité pour aller à la rencontre de tous nos autres sites remarquables à commencer par les Espaces Naturels Sensibles dont encore trop peu de gens ne soupçonnent l’existence.

Nous  devons pour cela nous ouvrir aux autres et faire découvrir cette terre riche d’histoire, de civilisation, de beauté et d’art, mais qui fait encore figure de « terre inconnue » comme un faible maillon central de notre Occitanie qui serait posé là, sur « la route du peuple », entre Toulouse et Montpellier sous le soleil et le vent qui le caractérisent et le sèchent.

Cette vision globale et sans œillère est celle qui doit désormais présider sur notre département car elle favorise l’ouverture d’esprit, mais aussi  l’esprit de conquête pouvant tout aussi bien préparer et pousser un gars ou une fille de chez nous à partir à l’assaut du monde entier que l’inciter à rester ou à revenir dans l’Aude pour y réussir sa vie.

Pour cela, il est temps de travailler au déverrouillage de notre territoire, de guérir le syndrome du pouvoir accaparé qui conduit à l’immobilisme et dans cette ère de tous les dangers qui débute, en cette époque de toutes les transitions, il faut se consacrer à rechercher ce qui est juste et dépasser les clivages.

Notre territoire doit parvenir à tourner la page des 30 dernières années et à glisser sous ses doigts celle de l’avenir, ce qui implique qu’il devienne partout de plus en plus attrayant pour toutes sortes d’initiatives et que le numérique, via le haut débit, puisse accompagner chacune d’elles pour propulser la ruralité vers le monde qui nous attend tout en préservant son authenticité.

Mais, au-delà de la nécessaire ouverture vers l’entreprise et l’innovation, notre département est particulièrement marqué par l’agriculture et plus spécialement la viticulture qu’il faut ardemment défendre et accompagner.

Même si la crise est grave et malgré les caprices de la météo qui ont encore récemment aggravé la situation de nos viticulteurs, le vin est encore partout chez nous et c’est bien d’abord à travers lui et pour lui que nous devons aménager le territoire et lutter contre la résignation en nous tournant vers l’extérieur pour transmettre notre culture et valoriser ce que nous avons de meilleur.

Pour les Audois, le vin demeure un élément identitaire et il constitue la colonne vertébrale du département. Mais, au-delà de notre histoire, notre avenir avec la viticulture ne se borne pas, contrairement à ce que l’on pourrait être tenté de croire, au rayonnement de quelques domaines étendards viti-aeno touristiques qui sont devenus néanmoins de magnifiques vitrines dont on peut être fier.

L’avenir viticole de notre département réside au moins autant si ce n’est plus dans le maintien des vins et des cépages qui lui ressemblent issus de nos caves particulières et de la coopération qui jalonnent nos riches et divers terroirs qui ont fait et qui feront encore la profondeur, la personnalité et la renommée de notre viticulture.

J’aime penser et rappeler que notre département a tellement de passé avec nos vignerons que nous ne pouvons avoir avec le vin qu’énormément d’avenir, et en ces temps particuliers où les gens ont tendance à se replier sur eux-mêmes, nous devons, imprégnés de notre passé, nous engager dans l’avenir avec audace et humanité.

Ces deux mots doivent à eux seuls donner du sens à l’action qui doit être menée.

L’audace serait de s’évertuer à convertir les risques en opportunités, cela serait faire de notre département non pas le maillon faible, mais le maillon central de l’Occitanie. C’est développer l’économie et les infrastructures. C’est mettre en œuvre des projets qui marchent, miser sur le numérique, éclairer et faire briller notre territoire dans le monde entier. C’est prendre conscience de ce que nous avons ici, en être fier tout en acceptant de transmettre et de mener en la gagnant la guerre du faire savoir et des contes de faits.

L’audace pourrait consister à s’acharner à créer des liens entre la ville et la ruralité, faire rentrer la viticulture dans nos cités et exporter le tourisme dans nos campagnes en ne cessant pas de tirer des traits d’union entre ce qui a été et ce qui sera, comme autant de ponts jetés entre hier et demain pour que notre païs survive à ce qu’il a toujours été et prenne enfin son envol.

L’audace, c’est aussi l’Aude et son rêve d’Université, aujourd’hui celle de la vigne et du vin, qui planche depuis douze ans à Ferrals-Les-Corbières et cette année sur les différents aspects de la valeur du vin qui symbolise l’humanité car Dieu n’avait fait que l’eau, mais l’homme a fait le vin comme le rappelait Victor Hugo.

C’est bien l’humanité qui doit accompagner nos actions et parfois, force est de constater que nous en manquons.

L’humanité, consisterait aujourd’hui à reconquérir la joie de vivre, à inventer entre nous de nouveaux sujets de connivence et de confiance qui nous animeraient et que l’on ramènerait dans les espaces publics qu’ils ont peu à peu déserté.

L’humanité, cela serait enfin pouvoir faire politique sans être gêné de dire que cet engagement est d’abord un acte affectif très fort qui tend à rapprocher les gens et qui ne peut plus être réduit à la seule cause partisane.

L’humanité, c’est ce qui nous caractérise et qui peut nous inciter, citoyens audois, à nous hâter dès à présent de nous ouvrir vers les autres avec le dessein de transmettre, pour un avenir meilleur, notre part de rébellion et de bienfaisance.

L’humanité, c’est aspirer à sortir du marasme et des carcans dans lesquels on a voulu nous  enfermer sans se diriger vers un choix extrême pour un parti qui se nourrit de nos difficultés, mais au contraire en établissant enfin, sans en avoir honte, une représentation sociale positive de la fraternité.

Alors, pour notre bien commun, ne nous laissons plus aller aux choix les plus simples qui sont aussi les plus ridicules et les moins productifs. Sus à la vision manichéenne des bons et des mauvais, du blanc et du noir, du XIII et du XV, de la qualité ou de la quantité, des caves coopératives ou des caves particulières, de sa nostre et des étrangers, de la gauche et de la droite…

L’Aude est une pépite qui pourrait être l’Arcadie d’aujourd’hui, cette contrée primitive et rustique qui devrait être le pays idyllique où l’on pourrait vivre en harmonie avec la nature et le nouveau monde qui nous attend.

Alors, comme Dame Carcas, essayons de nous montrer intelligents et nourrissons le dernier porc avec le dernier sac de blé avant de le jeter par-dessus les remparts.

Sonnez trompettes ! Raisonnez Audois ! Il est temps de nous réconcilier tant dans la pensée que dans l’action pour que Carcas sonne et que danse avec elle l’Aude tout entier.

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