Enlisement à Malvesi !

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C’est le vendredi 13 Octobre 2017, au grand dam des superstitieux, que le Comité Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques (CODERST) s’est réuni dans le but d’éclairer la lanterne de Monsieur le Préfet de l’Aude qui a la lourde charge de décider, dans les prochains jours, si AREVA pourra dans un proche avenir implanter sur le site de Malvesi, près de Narbonne dans l’Aude, une unité de traitement thermique des déchets nitratés (TTDN).

Arguments contre arguments, les pros et les opposants se sont livrés à une bataille de positions avant de donner leur avis sur le projet à savoir au final 11 pour, 6 contre et 11 indécis inodores et sans saveur qui ont préféré laisser aux autres le soin de porter le poids de la responsabilité et du choix.

Si on rajoute à cela une faible participation à l’enquête publique, qui était l’occasion de manifester franches inquiétudes et légitimes oppositions, on ne voit pas aujourd’hui ce qui pourrait objectivement empêcher le Préfet de valider le projet TTDN THOR sur le site de Malvesi.

Mais de quoi s’agit-il ?

Malvesi, créée en 1958 aux portes de Narbonne, est la plus grande usine de conversion d’uranium au Monde. Exploitée par la société COMURHEX jusqu’en 2014, c’est aujourd’hui la société AREVA qui exploite directement l’usine et qui emploie sur le site environ 280 salariés permanents outre 300 sous-traitants.

Avec des milliers de tonnes d’uranium traités chaque année, MALVESI, classée « SEVESO seuil haut« , reçoit 100 % de l’uranium utilisé en France et traite environ un quart de l’uranium mondial, ce qui laisse chez nous un gros lot de produits toxiques dont l’ammoniac et le très dangereux acide fluorhydrique.

La présence, à trois encablures de la Cathédrale Saint Just, de simples fûts métalliques contenant le poison et des bassins de décantation de boues issues du traitement de l’uranium, alimente toutes les inquiétudes qui se nourrissent également de la mémoire des incidents qui ont vu rompre deux bassins en 2004 et inonder la plaine alentour de boues contaminées.

Aujourd’hui,  l’oeuvre du vent et du soleil ne suffisant pas pour expurger le site, l’idée a surgit de brûler les déchets…

Ainsi, le nouveau projet en discussion consiste à traiter les effluents liquides nitratés générés par la transformation de l’uranium grâce à un procédé thermique expérimental impliquant nécessairement des rejets de gaz et de fumées dans l’atmosphère.

A l’évidence, et au delà du caractère expérimental qui ne rassure pas, un four à 850 ° affublé de cheminées de plus de 30 mètres de haut qui dissiperont 350 millions de m3 de fumées par an ne laissent aucun doute sur l’existence, aux dépens de notre Région, d’une pollution atmosphérique sans précédent qui occasionnera une grave détérioration de l’image du Département dont les deux piliers principaux, que constituent la viticulture et le tourisme, seront frappés de plein fouet.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de se demander si le projet est bon ou s’il est mauvais puisque à l’évidence, en l’état de nos connaissances qui ont poussé en CODERST 11 personnes à s’abstenir,  il est mauvais.

Il semble donc que nous n’ayons que deux solutions ?

La première qui est la pire et qui ne nous ressemble pas consiste à persister dans la pratique du culte du secret, celui qui s’impose pour éviter les risques d’attentats, celui qui est de rigueur pour ne pas dévoiler à la population la réalité et la dangerosité des transports de déchets pour que les habitants de nos villes et de nos villages puissent continuer à bénéficier du droit de regarder les trains passer sans trembler de peur.

Ce secret, c’est aussi celui qui peut pousser les responsables viticoles (qui ont participé activement aux récentes consultations) à penser que ce qu’on ne peut pas éviter, il faut le vouloir et qu’il est donc préférable de se résoudre à vouloir la réalisation de ce projet sur le site de Malvesi mais à condition de le taire ou de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller les consciences qui pourraient dès lors rechigner à boire du vin produit sur un terroir exceptionnel, non plus seulement en terme de qualité, mais désormais également en matière de pollution.

On dit que le Mourvedre, pour être magnifique, doit voir la mer mais qu’en sera t-il lorsque ce raisin aura été également imbibé les fumées de Malvesi ?

La deuxième solution est de se laisser aller à croire le discours prononcé par Frédéric ROUANET, en sa qualité de Président du syndicat des vignerons de l’Aude, le 18 Octobre dernier devant la porte Narbonnaise de la Cité de Carcassonne, selon lequel « le peuple vigneron contestataire est de retour... »

Si cela est vrai, il ne suffit pas de le dire, il est temps de le montrer, d’en faire la preuve, non pas en laissant faire et en croisant les doigts pour que cela ne se sache pas mais en œuvrant véritablement pour la défense d’une viticulture dont le futur musée Narbonnais de la romanité (MuRéNa) rappellera encore qu’elle naquit à Narbonne.

Bien sûr, en l’occurence, nous ne pouvons rien casser mais nous devons prendre la main pour alerter, faire prendre conscience et mobiliser pour éviter que notre territoire soit une fois de plus sacrifié et perde son âme.

A l’heure où nous nous apprêtons à engager nos vies et nos terroirs d’une façon irréversible, nous ne sommes pas a six mois ou a un an près.

il parait indispensable que nous nous donnions du temps, un délai suffisant qui nous permette d’avoir le bon niveau d’informations et de raisonner pour aspirer à être enfin en phase et en harmonie avec notre temps.

En effet, les acteurs et les représentants de la filière viticole (qui est concernée au premier chef) doivent s’emparer des sujets majeurs comme celui ci, se parler et s’entendre pour faire « leur part » et parvenir à transformer les quatre lettres du projet destructeur (TTDN) en quatre lettres porteuses d’espoir (TPTH) comme Terroir, Pureté, Tradition et Harmonie.

Ces mots doivent guider notre action. 

Ils caractérisent le vin de qualité que nous aspirons à produire ici, mais ils définissent également la vie que nous avons à mener ensemble dans un environnement sain et agréable au cours du siècle qui s’ouvre et de ceux à venir.

Alors arrêtons de nous taire, le fait que le site de Malvesi s’enlise dans ses boues depuis 60 ans n’est pas une fatalité ni une bonne raison pour que nous acceptions a perpétuité de nous enliser avec lui.

Franck Alberti 

 

 

 

 

 

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