
C’est au départ pour tenter de signifier que nous « marchons sur la tête» que le monde agricole a cru devoir retourner les panneaux identifiant nos villages qui jalonnent les routes notamment des Corbières, de la Piège, de la Haute Vallée ou du Fenouillèdes…
Si l’efficacité de la gestion des problématiques agricoles par les gouvernements successifs est effectivement discutable au point que la colère des syndicats a pu légitimement et durablement s’installer, il est dommage que ce mouvement ne soit que semi-révolutionnaire (puisque les panneaux n’ont fait qu’un demi-tour) et qu’il ne soit destiné, finalement, qu’à rendre inhospitalière notre ruralité qui a pourtant tant à offrir à commencer par accueillir à bras ouverts ceux qui font l’effort de s’y rendre au risque de s’y perdre…
À défaut d’accueil, une promesse de torticolis est faite au promeneur qui veut savoir où il se trouve au gré de ses déplacements dans notre belle région et je doute personnellement qu’il s’agisse du meilleur moyen d’attirer l’attention de ceux qui traversent le sud de notre département sur le douloureux et quasi-inextricable désespoir viticole.
C’est selon moi inefficace, bien peu courageux et très sûrement contre-productif.
À la décharge des Maires des villages concernés, qui laissent s’installer à l’entrée de leurs villages ruraux un signe d’une hostilité pour moi insupportable, il faut relever qu’ils sont globalement en proie à un profond mal être en lien avec un sentiment de déclassement résultant des trop nombreuses règles et normes à respecter d’un côté et de la perte de prérogatives de l’autre au profit des inter-communalités.
On peut se sentir, au plus profond de nos territoires ruraux, comme les oubliés voire les sacrifiés de la République mais pour autant, les Maires doivent songer d’abord à résister contre la véritable menace qui se présente à nous, à savoir la détestable récupération de cette situation par une extrême droite opportuniste qui exploite et attise les colères et le désespoir partout où ils s’installent.
Effectuer une véritable révolution, serait éventuellement faire réaliser à nos panneaux des tours complets en plaçant par exemple celui de l’entrée à la sortie, et vice versa, comme pour signifier que le village dans lequel on s’apprête à rentrer était sur le point d’être « rayé de la carte » tout en permettant au visiteur de lire le nom du village… j’aurais pu comprendre.
Mais faire un tour complet, c’est aussi simplement remettre les panneaux à l’endroit, lisibles et hospitaliers et qu’ainsi ils signifient la fierté qui doit demeurer la notre de parvenir à présenter au monde, nonobstant l’adversité, la beauté et l’authenticité de nos paysages et plus globalement de notre ruralité qui a tellement de passé et d’attraits qu’elle ne peut avoir qu’énormément d’avenir pourvu que nous sachions la défendre et la promouvoir efficacement.
C’est dans ce sens, le bons sens, celui des panneaux mais également celui de l’histoire, et assurément celui de la modernité, qu’il nous incombe de mettre en avant tous les joyaux de notre département notamment en privilégieant les interactions entre nos villes et nos campagnes.
Alors de grâce, Mesdames et Messieurs les Maires de nos petits villages, ne tombez pas dans le panneau et rechercher à accomplir des actions plus audacieuses qui ne sont pas agressives et inhospitalières…
L’audace serait de s’évertuer à convertir les risques en opportunités, cela consisterait à faire de notre ruralité non plus le maillon faible, mais le maillon fort de notre département que nous devons faire briller dans le monde entier pour en être fiers et désireux de transmettre et de mener, en la gagnant, la guerre du faire-savoir et des contes de faits.
L’audace pourrait consister également à s’acharner à créer des liens entre la ville et la ruralité, faire rentrer la viticulture et l’agriculture en général dans nos cités et exporter le tourisme dans nos campagnes en mettant en œuvre entre elles des contrats de réciprocité (qui pourraient et devraient devenir obligatoires dans les attributions de crédits du type CPER) qui constitueront autant de traits d’union entre ce qui a été et ce qui sera, comme autant de ponts jetés entre les villes et les campagnes et entre hier et demain pour que notre païs survive à ce qu’il a toujours été tout en prenant enfin son élan puis son envol.
C’est dans une recherche de cohésion et d’humanité durable qu’il nous incombe désormais de bâtir ce projet en nous hâtant dès à présent, loin des peurs instillées par les extrémistes, de nous tourner vers les autres avec le dessein d’améliorer notamment la situation de nos campagnes pour un avenir meilleur.
Pour cela, loin de s’en remettre à des panneaux de signalisation positionnés à l’envers qui n’évoquent qu’une frustration et un repli sur soi lamentablement récupérés par les anti-républicains du coin, il faut persévérer dans l’action sans se laisser aller aux choix les plus simples, les plus ridicules et les moins productifs.
Il est préférable de faire montre d’un genre de rébellion constructive alliée à une solide et bienveillante humanité qui permettent de conserver la tête haute ainsi que les panneaux à l’endroit.
Mesdames et Messieurs les Maires de nos villages de l’Aude, ne tombez pas dans le panneau et remettez les à l’endroit !
L’Endroit de l’Envers,
Cela me fait penser, Cher Franck, à mon enfance dans les terres de la Lomagne ou les femmes maillaient un coup à l’endroit, un coup à l’envers pour tricoter des pulls, des chaussetes, des vestes de laine fautes de ganots. Cette époque lointaine ou un rien se transformait en un tout pour toute la famille à laisser place aux revendications qui n’ont de sens que le panneau à l’entrée du village. Aujourd’hui, ceux qui traversent ne voient plus la symbolique de marcher sur la tête mais seulement la quiétude de traverser un village parmi tant d’autres. Comme quoi, tout s’efface, tout redevient poussière et la terre reste terre dans son humble costume. Ceci m’a fait penser à La Fontaine, fin observateur de la société, qui dans sa 9e fable a écrit « le rat ds villes et le rat des champs », tiré des fables d’Esope. A vous, Trébéennes et Trébéens d’écrire cette nouvelle fable ‘L’eau des villes et le tanin des campagnes » ! Traversé par le canal du Midi, les rivières qui affluent vers l’Aude, d’une terre connue des Romains cataloguée vicus, juste un mot de « Bienvenue » à l’endroit redonnerait tout son crédit à cette agriculture riche d’histoire au travers des siècles. Rien de mieux qu’une assiette locale avec un spiritueux fait de mains et de savoir pourrait faire connaître ce haut lieu des Corbières ou tu as pris racine. Par proximité, tendez vos filets afin que la Cité et ses alentours viennent découvrir le patrimoine local rempli d’humanité et de savoir faire, pour gouter à la terre de vos ancêtres, découvrir que les costumes n’ont pas vieillis et que la vigne s’est enraciné pour la meilleure des dégustations, Putain de Moine !
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J’ai constaté ces modifications de panneau à la campagne, chez moi, en Lorraine. J’ai quitté ma campagne meusienne dès l’âge de quatre ans pour aller à Sedan, puis à l’âge de huit ans pour Paris.
Mais je suis attaché à mon village qui est le plus beau village du monde, car chacun habite dans son plus beau village !
Le panneau y est bien placé !
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