Au-delà du destin tragique infligé au professeur Samuel PATY, le vendredi 16 Octobre 2020, par un immonde barbare islamiste, ayons une pensée réconfortante et encourageante pour nos enseignants auxquels on demande de renouveler chaque année avec de nouveaux élèves leur mission fondamentale consistant à transmettre des connaissances aux enfants et à ouvrir leurs esprits.
Je pense à cet instant à la lettre qu’Albert CAMUS a adressé à son instituteur en la personne de Monsieur GERMAIN, le 19 Novembre 1957, peu après avoir reçu le prix Nobel de littérature, par laquelle il lui exprime sa reconnaissance en précisant : « …sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé…..une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève ».


Quoi que nous ayons accompli dans la vie, nous avons été à notre tour et pour un temps ces enfants, et dès l’instant où on se souvient, des décennies plus tard, des noms et des visages de nos enseignants, c’est la preuve du fait qu’ils nous ont marqué et nous ont forcément apporté, dans la constitution de ce que nous sommes devenus, beaucoup plus qu’il n’y paraît.


Soyons donc reconnaissant, sur le plan général mais aussi à titre particulier, et prenons surtout le temps de le leur dire ou de leur écrire et tant pis s’il subsiste quelques fautes d’orthographe…

Ils ne nous en tiendront pas rigueur car dans l’école de la République, chacun fait pour ce qu’il croit être le mieux et il est très difficile, voire impossible, d’éclairer totalement dans tous les domaines l’esprit de tous les élèves qui n’ont pas tous vocation, et c’est heureux, de se voir remettre un prix Nobel ou les palmes académiques…


En effet, l’important, ce n’est pas le but mais le chemin emprunté et je voudrais personnellement et nommément remercier tous les enseignants que j’ai eu la chance de croiser sur le mien qui m’ont permis de marcher et d’avancer dès l’école primaire avec Mmes SIRE, COURRIEUX, LA VIEILLE, les immenses Mr et Mme Albert BONNERY et François ICHER qui, dès l’âge de 10 ans, entre deux parties de tennis, m’a fait parcourir un tour de France, de cathédrales en cathédrales, sans bouger de ma petite école…


Au collège ensuite, je ne remercierai jamais assez Mr PANIGADA, dont le parfum embaumait tout le 4eme étage sur lequel il régnait en maître d’Histoire et de Géographie, Mr GAVIGNAUD qui venait me voir jouer au rugby le week-end, Mme LABAU qui m’a fait découvrir les joies de la nature et que je croise encore souvent avec bonheur, Mme GRELAT, dont l’humanité s’est dévoilée lors d’un voyage fondateur à Rome et qui m’a fait réaliser la beauté et la puissance des phrases et des mots, Mme EMBRY et Mr TOULZE avec lesquels j’étais bien moins doué en langue qu’avec Mr PERRIER DORON en sport qui m’en a également enseigné l’esprit et Mme RIVEL en E.M.T. à laquelle je pense avec un souvenir gourmand et douloureux, chaque fois que je mange du caramel, pour avoir à l’époque durant son cours trempé le doigt dans le pot sitôt sorti du four…


Au lycée enfin, merci à Monsieur CHAFFARDON qui m’a initié au théâtre, à Messieurs BARRAULT en anglais et TEJEDOR en espagnol même s’ils ne sont pas parvenus à améliorer mes accents, à Mr SOUQUET qui m’a fait découvrir la philosophie et même à Mme JUTTA WALLET qui m’a vraiment permis de me rendre compte définitivement que la langue Allemande resterait pour moi et pour la vie une langue étrangère…


Merci à eux, merci à ces héros tranquilles et personnels qui ont su nous faire respirer la Republique et à ceux qui leur ont succédé pour apprendre et transmettre à leur tour à nos enfants.


Merci à eux qui ont fait preuve d’une générosité et d’une bienveillance qui me laisse supposer qu’ils savent et qu’ils ont toujours su qu’on les aimait bien et qu’au final, même si on ne le leur dit pas suffisamment, on sait qu’on leur doit beaucoup et on les remercie pour tout.


Aujourd’hui, l’élève que je n’ai jamais cessé d’être avait envie de vous écrire qu’il sait la chance qu’il a d’avoir pu poser ses fesses en face de vous sur les bancs de l’école de la République Française dont la grandeur résulte aussi de l’engagement, pétri de liberté, d’humanité et de tolérance de ses enseignants qui, comme Samuel PATY, en véritables hussards de l’éducation nationale, ont eu et auront toujours la belle et noble charge de porter et de transmettre aux enfants les valeurs et l’esprit de la République qui doivent nous rendre collectivement invulnérables.

Merci Mesdames et Messieurs les professeurs.