Les eaux du Plateau de Sault… Dérèglement climatique ou temporel ?

Le Jeudi 2 Juin 2018, des pluies diluviennes se sont abattues sur le Plateau de Sault à l’extrême sud ouest du département de l’Aude affectant spécialement la commune de Roquefeuil sur laquelle il est tombé jusqu’à 40 centimètres d’eau par endroit en trois heures, inondant une centaine de maisons et transformant la rue principale en torrent de boue…

Mais cette « terre privilégiée » audoise du canton de Chalabre, anciennement connue sous le nom de pays de Kercorb que Casimir Pont s’est si brillamment employé à décrire, n’en était pas hier à son coup d’essai en matière de désastre.

On sait que c’est un véritable ouragan qui s’est abattu le 7/07/1767 sur le village de Rivel en bouleversant la commune en ce jour de fêtes où des pluies torrentielles mêlées d’énormes grêlons ne laissèrent aucune chance aux épis de nos moissons dorées et à nos vignobles que les courants d’eau venus des collines déracinèrent.

Les registres de la même commune signalent egalement la fameuse inondation dite de la Saint Jean le 24 juin 1807 où il est tombé assez d’eau, comme disent nos paysans, pour éteindre tous les feux de la Saint Jean allumés sur toute la surface de la Terre. De mémoire d’Homme, on n’avait jamais vu les eaux s’élever à une telle hauteur et on crut en vérité à l’arrivé d’un nouveau déluge…

Le 7 Août 1840, une nouvelle inondation désastreuse fit songer, par opposition, à la sécheresse qui sévit en 1832, à laquelle se rapporte la mort de celui que chacun, dans le pays, considérait comme un père, un protecteur ou un ami, le nommé Jean PONT FILLOL, qui tenait ce nom de son aïeul qui l’obtint lui même dans une circonstance magnifique, elle aussi liée à un événement climatique, qui mérite d’être racontée tant elle révèle le génie dont le genre humain est capable lorsqu’il est inspiré par la bienveillance et la solidarité.

« Un dimanche, les habitants de Luxault se réveillèrent, émerveillés, découvrant six pieds de neige couvrant les maisons et l’unique rue de la bourgade qui se prolonge sur un sentier dont la pente rapide conduit à Rivel. Or, ce même jour, devait se faire le baptême d’un enfant, né depuis 24 heures dans la famille du sieur PONT et comme tout le monde le savait, on se demanda comment ferait le joyeux cortège pour se rendre à l’église. On avait bien pu tracer un sentier à Monsieur le Curé qui logeait presque à l’ombre du clocher mais les parents de l’enfant logeaient bien en haut du village et toute la journée du dimanche n’aurait pu suffire à déblayer le chemin. C’est alors qu’une idée aussi ingénieuse que touchante vient à l’esprit de ces bons montagnards. Le parrain et la marraine se rendirent à l’église comme ils purent, puis, à l’heure marquée pour la cérémonie, les hommes de la bourgade, s’échelonnant sur tout le parcours qu’eut du suivre le cortège en se rendant à l’église, l’enfant fut passé de main en main, depuis la maison paternelle jusqu’aux fonts baptismaux. Et c’est ainsi que le nouveau-né devient le filleul de tout le village, en patois languedocien le Fillol. Si ce baptême fut un événement et si chacun des parrains fit des vœux pour l’enfant à mesure qu’il passait dans ses bras, celui qui, cent ans plus tard, fut son petit fils et hérita de ce nom affectueux, le leur rendit bien par son dévouement, ses bons conseils et ses exemples…« 

Mais continuons à relater les événements qui ont laissé de si pénibles impressions dans l’âme des habitants de ce pays de Sault encore touchés il y a quelques jours à une date pourtant inattendue.

Le 27 Mai 1852, un nouveau déluge de grêle et de pluie tombait encore sur le village de Rivel…

Même si le dernier épisode climatique désastreux du 2 Juin 2018 est bien loin d’être le premier du genre dans ce coin, sous les regards croisés et impuissants des Châteaux de Puivert et de Montségur, il apparaît néanmoins qu’il témoigne d’une rupture et d’un certain dérèglement.

En effet, les lecteurs attentifs auront pu constater que le 2 Juin 2018 est la seule date qui ne comporte pas le chiffre -7- pourtant bien présent jusque là dans tous les désastres climatiques ayant touché cet endroit de notre pays audois.

C’est la preuve qu’un dérèglement affecte notre petite planète non pas forcément sur l’existence même et la répétition des événements mais sur le fait qu’ils se produisent désormais n’importe quand !

Quoi qu’il en soit, ayons une pensée pour les habitants su pays de Sault et plus spécialement pour ceux du village de Roquefeuil, situé à 23 kilomètres de celui de Rivel, qui ont été surpris par un déluge improbable venu les bousculer à l’improviste le 2 Juin dernier alors que l’on finissait par penser qu’ici, sur cette terre privilégiée qui n’a pourtant jamais été épargnée, il ne pouvait y avoir de désastres climatiques à une date dépourvue de 7.

S’il ne s’agit pas forcément d’un dérèglement climatique, nous assistons forcément à un dérèglement temporel…

Franck ALBERTI

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