Je veux saluer et rendre hommage à ceux qui aiment l’Aude pour son histoire, qui l’aiment pour sa géographie, à ceux qui aiment ce département pour ses racines et qui se préoccupent de son avenir.

J’aime rappeler à mes enfants, peut-être pour les encourager à y rester ou à y revenir, non seulement que l’Aude est magnifiquement situé au centre de la région Occitanie, entre Gascogne et Méditerranée, entre les Cévennes et les Pyrénées, mais également qu’il représente superbement, au point de vue territorial, la synthèse de la France.

En effet, dans l’étroitesse de ses frontières, l’Aude, que Jean Girou a fidèlement et fièrement décrit, nous offre le désert et la plaine, les causses et les coteaux, les landes et les forêts, la montagne et la mer et donc, pour ainsi dire, dans cet espace restreint, le résumé du paysage Français, un microcosme tel que s’il ne fallait garder de la France qu’un seul département comme échantillon, ce serait l’Aude qu’on choisirait car on pourrait, avec facilité, y composer toute la France.

La grande diversité de notre département est son atout mais elle pourrait être sa faiblesse aussi si on en croit les difficultés éprouvées jusqu’à présent pour harmoniser les différents courants de notre communication collective.

L’Aude est en effet un pays de vents aux souffles alternés, du cers vif et froid qui descend du Nord et du marin épais, chaud et humide qui vient d’Espagne…

Il y a ceux qui vivent au pays du cyprès et ceux qui comme moi descendent tout droit de la civilisation de l’olivier mais il y a aussi les adeptes du sapin et du mélèze, ou bien encore ceux qui cultivent et moissonnent les blés à côté de ceux qui vendangent les vignes pour produire, certains des raisins et d’autres du vin.

Comme l’Aude possède tous les paysages, il possède aussi tous les climats, tous les fruits, toutes les fleurs, toutes les chasses, du sanglier à l’isard en passant par le lièvre et toutes les pêches aussi…

Avec ses sites déjà classés et ceux qui le seront bientôt, sa Cité devenue Grand Site, le canal du Midi, ses châteaux cathares, ou sentinelles de montagne, et plus de 50 km de plages ou de falaises sur le littoral méditerranéen, notre département est d’une beauté qui incite à la découverte, suscite toutes sortes de vocations, force souvent l’admiration mais doit aussi inviter parfois à quelques réflexions qui peuvent mener à s’engager pour lui.

En effet, comment ne pas ressentir la désagréable et frustrante impression que l’Aude dispose de tellement d’atouts que ne sachant pas lesquels jouer, nous misons finalement sur aucun…

Nous avons probablement par le passé commis des erreurs techniques et stratégiques mais à la décharge de nos élus, socialistes en l’occurrence, en place depuis si longtemps, il est commun de tomber dans le piège de l’immobilisme qui consiste à se reposer sur nos lauriers et à considérer que la Cité notamment, qui attire et fascine depuis des siècles attirera encore forcément mille ans de plus sans qu’il soit besoin d’y faire grand-chose de plus.

Améliorer les choses est l’apanage de ceux qui n’ont rien et au contraire, ceux qui disposent de toutes les richesses ont tendance à se satisfaire du simple fait de penser qu’ils en disposent.

Mais existe t-il beaucoup d’endroit dans le monde comme la Cité où devant elle tu peux fermer les yeux, respirer, ré-ouvrir les yeux et avoir l’impression que tu as voyagé dans le temps ?

Il y a bien peu d’humilité à dire cela mais la Cité est bien là, au centre du département, classée comme Grand Site et dont la première grandeur, en qualité de monument le plus visité de toute l’Occitanie, devrait consister à être le moyen de rapprocher et de fédérer tous les Audois et toute la Region autour d’elle.

La seule chose que je suis en mesure d’affirmer à cet égard, parce que jusqu’à présent chacun de mes modestes engagements dans les domaines associatifs, sportifs, ludiques, traditionnels, politiques ou familiaux n’ont consisté qu’à tenter sans cesse de rapprocher les gens, c’est que l’on ne peut réaliser de belles choses qui profitent au plus grand nombre que si l’on fait abstraction de ses intérêts propres et si on recherche à partager une vision commune du bien-être collectif.

Même s’il y a un Conseil Départemental qui est sensé mener une politique globale et harmonieuse au sein du département, force est de constater qu’au-delà des aspects si différents et parfois opposés de notre territoire, nos politiques jusqu’à présent ne sont pas parvenues à empêcher notre département de se recroqueviller et de devenir le territoire Français le plus touché par la pauvreté après la Seine-Saint-Denis (93)…

Il y a en effet encore chez nous, comme il y avait au début du siècle dernier chez Jean de Florette, ceux des Bastides Blanches et ceux de Crespin, des gens qui cohabitent ou qui voisinent mais qui ne songent en réalité qu’à preserver leurs intérêts personnels. Du coup, ils ne s’apprécient pas mais ne sauront probablement jamais pourquoi alors qu’ils ont en réalité tellement à partager…

Il faut en effet se rendre à l’évidence, l’Aude est duel et n’a cessé depuis des décennies de poser en son sein des frontières partout : L’Est et l’Ouest, les campagnes et les villes, ses deux rugbys irréconciliables, Carcassonne et Narbonne, Castelnaudary et Limoux, Leucate et Gruissan, les villes phares et les communautés de communes avec, pour preuve, leurs offices de tourisme respectifs concurrents et surabondants, la pure nature d’un côté et Monsanto/Malvesi ou Salsigne de l’autre, les belles pensées qui s’opposent aux vilaines actions, partout des pros et des antis et leurs musettes remplies de cette intolérance qui nous consume à petit feu.

S’engager, c’est aussi dire pourquoi on s’engage et agir, non pas pour soi mais pour les autres, et en harmonie avec ce qu’on dit.

Il est donc grand temps de sonner le tocsin pour éviter d’entendre sonner l’hallali et d’essayer de rassembler les Audois autour de la nécessaire et salutaire démarche qui consiste, dans l’intérêt de tous, à unir nos moyens et à s’employer à mettre en avant tous les trésors que notre territoire recèle, les produits de nos terroirs, ses sites touristiques que nous avons sous les yeux et dont l’importance et l’ampleur disparaissent parfois dans la brume diffusée par les relents infectieux des discordes politiques sectaires et stériles.

Mais pour cela il faut chercher à comprendre notre département et comprendre ce territoire, c’est d’abord se mettre à sa disposition pour le servir en combattant cette dualité omniprésente qui l’asphyxie.

Servir l’Aude ne réside pas uniquement dans l’acte de mettre en évidence ce qui éblouit et qui marche déjà.

Servir l’Aude et la région pourrait consister à travailler à l’allongement de la durée de passage et à l’accroissement du nombre de découvertes de nos visiteurs qui se bornent très souvent à s’arrêter quelques heures, comme c’est le cas lorsqu’ils visitent la Cité avant de quitter le département par l’autoroute ou le train non pas toujours vers Toulouse ou la Méditerranée via Narbonne mais bien souvent pour disparaître de l’horizon régional vers Perpignan puis l’Espagne par ce corridor européen qui mérite également d’être réaménagé notamment en termes de transports.

Servir les Audois pourrait reposer sur l’idée de déceler toutes les beautés cachées de cette terre d’Aude pour les promouvoir et inciter les visiteurs à quitter la Cité pour aller à la rencontre de tous nos autres sites remarquables regionaux, dans le cadre d’un tourisme à réinventer qui serait pluriel et plus mobile et qui permettrait de tout faire en Occitanie y compris durant le même séjour.

C’est dans ce sens, celui de l’histoire, mais également celui de la modernité qu’il nous incombe de mettre vraiment en avant tous les joyaux de la région au moyen d’un tourisme qui serait plus haut de gamme mais aussi plus lent, plus vert, plus rural et plus agricole, plus dégustatif et en un mot plus sensé et surtout qui permette de passer de l’un à l’autre.

En effet, l’Occitanie bénéficie de tous les atouts requis pour permettre aux visiteurs d’avoir non seulement tous les choix mais également la possibilité de se livrer, durant le même séjour, par exemple au WWOOFING pour découvrir la vie en ferme bio avant de faire deux jours en Pesca-Tourisme et d’enchaîner sur des balades oenologique ou gastronomique puis sur un tourisme vert et sportif ou encore culturel sans oublier d’achever leur villégiature par un repos en bord de mer.

Nous devons pour cela nous ouvrir aux autres, élever notre niveau d’accueil pour recevoir les visiteurs comme on reçoit des amis et leur faire découvrir notre terre riche d’histoire, de civilisation, de beauté et d’art, mais qui fait encore figure de « terre inconnue » comme un faible maillon central de notre Occitanie qui serait posé là, sur « la route du peuple », entre Toulouse et Montpellier sous le soleil et le vent qui le caractérisent et le sèchent.

Cette vision globale et sans œillère est celle qui doit désormais présider aux destinées de notre département et de notre région car elle favorisera l’ouverture d’esprit, mais aussi l’esprit de conquête et de formation des plus jeunes pouvant tout aussi bien préparer et pousser une fille ou un gars de la région à partir à l’assaut du monde entier que l’inciter à rester ou à revenir chez nous pour y réussir sa vie.

Pour cela, il est temps de travailler au déverrouillage de notre territoire, de guérir le syndrome du pouvoir accaparé qui conduit à l’immobilisme et dans cette ère de tous les dangers qui débute, en cette époque de toutes les transitions, il faut se consacrer à rechercher ce qui est juste et dépasser les clivages.

Notre territoire doit parvenir à tourner la page des trente dernières années et à glisser sous ses doigts celle de l’avenir, ce qui implique qu’il devienne partout de plus en plus attrayant pour toutes sortes d’initiatives comme la promotion des richesses naturelles et humaines, le développement des savoir-faire, la mise en œuvre d’une économie performante prévoyant une prime au propre et au durable, le tout accompagné par le numérique, via le haut débit, pour que la région toute entière, y compris la ruralité, soit propulsée et prenne un nouvel élan vers le monde qui nous attend tout en préservant son authenticité.

C’est dans ce cadre qu’il faut créer de nouveaux outils dont le but serait notamment de favoriser les promesses de création de valeurs formées par les entreprises ou les collectivités pour atteindre l’excellence tant en matière de transition écologique, d’énergie durable qu’en matière sociale et d’emploi plus spécialement des jeunes.

Mais, au-delà de la nécessaire ouverture vers l’entreprise et l’innovation, notre région est particulièrement marquée par l’agriculture et plus spécialement la viticulture qu’il faut ardemment défendre et accompagner pour l’aider notamment à affronter les écueils assuranciels ou liés à l’irrigation et à franchir le point de basculement vers une culture bio ou raisonnée.

Même si la crise est grave et malgré les caprices de la météo qui ont encore récemment aggravé la situation de nos viticulteurs, le vin est encore partout chez nous et c’est bien d’abord à travers lui et pour lui que nous devons aménager le territoire et lutter contre la résignation en nous tournant vers l’extérieur pour transmettre notre culture et valoriser ce que nous avons de meilleur.

Pour les Audois en particulier comme pour d’autres départements occitans, le vin demeure un élément identitaire et il constitue la colonne vertébrale du territoire. Mais, au-delà de notre histoire, notre avenir avec la viticulture ne se borne pas, contrairement à ce que l’on pourrait être tenté de croire, au rayonnement de quelques domaines étendards viti-oeno touristiques qui sont devenus néanmoins de magnifiques vitrines dont on peut être fier.

L’avenir de notre région, première région viticole du monde, réside au moins autant si ce n’est plus dans le maintien des vins et des cépages qui lui ressemblent issus de nos caves particulières et de la coopération qui jalonnent nos riches et divers terroirs qui ont fait et qui feront encore la profondeur, la personnalité et la renommée de notre viticulture…

J’aime penser et rappeler que notre Région a tellement de passé avec nos vignerons que nous ne pouvons avoir avec le vin qu’énormément d’avenir et, en ces temps particuliers où les gens ont tendance à se replier sur eux-mêmes, nous devons, imprégnés de notre passé, nous engager dans l’avenir avec audace et humanité.

Ces deux mots doivent à eux seuls donner du sens à l’action qui doit être menée.

L’audace serait de s’évertuer à convertir les risques en opportunités, cela serait faire de notre département non pas le maillon faible, mais le maillon central de l’Occitanie à laquelle il faut s’évertuer de donner une âme, un sens et une identité qui lui font jusqu’à présent défaut.

L’audace, à l’échelle régionale, c’est développer l’économie et les infrastructures notamment en matière de transport et de recherche, c’est mettre en œuvre des projets qui marchent, miser sur le numérique, éclairer et faire briller notre territoire dans le monde entier, c’est prendre conscience de ce que nous avons ici, en Occitanie, en être fiers, harmoniser le tout tout en acceptant de transmettre et de mener, en la gagnant, la guerre du faire-savoir et des contes de faits.

L’audace pourrait consister également à s’acharner à créer des liens entre la ville et la ruralité, faire rentrer la viticulture dans nos cités et exporter le tourisme dans nos campagnes en mettant en œuvre entre elles des contrats de réciprocité (qui pourraient et devraient devenir obligatoires dans les attributions de crédits du type CPER) qui constitueront autant de traits d’union entre ce qui a été et ce qui sera, comme autant de ponts jetés entre les villes et les campagnes et entre hier et demain pour que notre païs survive à ce qu’il a toujours été et prenne enfin son élan puis son envol.

L’audace, c’est aussi s’efforcer de tisser, entre tous les départements occitans et catalan des liens qui rassemblent en donnant du sens aux projets régionaux et une force à la région, forgée dans la cohésion et l’humanité qui nous ont jusqu’ici cruellement fait défaut mais qui doivent désormais systématiquement accompagner nos actions.

L’humanité, consisterait aujourd’hui à reconquérir la joie de vivre, à inventer et à promouvoir entre nous de nouveaux sujets de connivence et de confiance qui nous animeraient et que l’on ramènerait dans les espaces publics qu’ils ont peu à peu désertés.

L’humanité, cela serait enfin pouvoir parler à tout le monde et faire politique sans être gêné de dire que cet engagement est d’abord un acte affectif très fort qui tend à rapprocher les gens et qui ne peut plus être réduit à la seule cause partisane.

L’humanité, c’est ce qui nous caractérise et qui peut nous inciter, citoyens audois et citoyens d’Occitanie, à nous hâter dès à présent de nous tourner vers les autres avec le dessein de transmettre, pour un avenir meilleur, notre part de rébellion et de bienfaisance.

L’humanité, c’est aspirer à sortir du marasme et des carcans dans lesquels on a voulu nous enfermer sans se diriger vers un choix extrême pour un parti populiste qui se nourrit de nos difficultés, mais au contraire en établissant enfin, sans en avoir honte, une représentation sociale positive de la fraternité dans laquelle le plus grand nombre a vocation à se retrouver et à se reconnaître pour donner un cœur et une âme à la région.

Ainsi, pour notre bien commun, ne nous laissons plus aller aux choix les plus simples qui sont aussi les plus ridicules et les moins productifs. Sus à la vision manichéenne des bons ou des mauvais, du blanc ou du noir, du XIII ou du XV, de la qualité ou de la quantité, des caves coopératives ou des caves particulières, de sa nostre et des étrangers, de la gauche et de la droite…

Alors, à l’image de Dame Carcas, jetons le dernier cochon par dessus les remparts et libérons nous ! Il est temps de reprendre et de redonner la confiance et de nous rassembler tant dans la pensée que dans l’action pour que notre territoire prenne sa place et joue son rôle pivot main dans la main avec les douze autres départements qui composent l’Occitanie, cette pépite qui pourrait devenir l’Arcadie d’aujourd’hui, cette contrée primitive, rustique et moderne en même temps, ce pays idyllique où l’on pourrait vivre demain, dans le cadre de ce nouvel élan pour l’Occitanie, à la fois en harmonie avec la nature et à la pointe du nouveau monde qui nous attend.

Voila pourquoi je m’engage….