A la Saint Denis, les vendanges sont finies…

Selon l’expérience des anciens, il se dit « entre la Saint Michel (29 septembre) et la Saint Francois (4 octobre), prends la vendange telle qu’elle est… A la Saint Denis (9 Octobre), prends la si elle y est encore… »

La vendange, qui provient du latin « vindemia », mot composé de « vinum », le vin et du verbe « demo », retirer, prendre, se termine donc aujourd’hui et c’est desormais un vaste programme qui s’annonce pour le vigneron qui sait que son vin se fait déjà attendre pour dévoiler ce que sont devenues les grappes de fruits de couleur pourpre sombre, tirant sur le bleuté, que nous venons de vendanger.

Les vendanges s’écrivent souvent au pluriel, peut-être parce qu’elles ne se déroulent pas en même temps pour les vins blancs, les rosés ou les rouges mais probablement surtout en signe de générosité et d’abondance espérées.

Mais n’oublions jamais que cette prodigalité envisagée peut à tout moment, jusqu’à ce que les raisins soient à l’abri dans les cuves, être aneantie par les caprices de la nature contre lesquels nous ne pouvons rien comme la grêle ou le gel.

Voilà pourquoi « le dius a vol« , qui est une expression occitane que clamaient les paysans autrefois pour louer la Providence d’avoir bien voulu protéger le travail commun en permettant la mise à l’abri, dans les cuves, de la vendange, est une véritable clameur de soulagement qui a longtemps été célébrée dans nos villages.

N’oublions surtout pas le fait que c’est à un incessant miracle de labeur humain que la vigne doit sa production, son salut et sa préservation.

Ce moment fait d’anxiété et de bonheur qu’est celui de la récolte ne constitue pas une fin en soi, ni même un commencement, mais plus évidemment un subtil point de basculement qui rassemble les deux.

Les vendanges sont en effet la promesse annoncée de tant de travail récompensée car il faut le rappeler, aucun autre produit au monde n’exige autant de travaux variés et d’attention soutenue que le vin dont la qualité dependra de celle de ses raisins, récoltés au bon moment une fois par an.

Un autre travail va débuter et le miracle va s’enclencher par le fait des levures, indigènes ou pas, qui vont jouer leur rôle et, à force de piges, de remontages et autres gestes minutieusement adaptés, produire l’effet escompté sur le mustimetre qui finira bien par couler à pic.

La fin des vendanges est donc aussi la marque du début du processus de vinification qui n’attend pas, fermentation alcoolique d’abord puis malolactique ensuite, qui change définitivement le jus en vin en cet automne qui, bien que symbolisant le déclin, accompagne jusqu’au pressoir et au-delà l’avènement du divin breuvage qui s’élabore et s’éleve peu à peu, comme le soleil au petit matin qui a chauffé et mûri les fruits durant l’été autant qu’il le fallait, et dont nous retrouverons plus tard le goût à nos palais.

C’est cette magie de la vinification qui distingue le vigneron du viticulteur car c’est à lui qu’incombe la lourde tâche de préparer sans attendre dans ses vignes les fruits qui feront le vin du prochain millésime tout en finissant d’élever le précédent, le second devant ressembler au premier tout en gardant sa spécificité.

Il serait injuste de terminer ce billet sur la vigne, les vendanges et le vin sans évoquer le mot qui est leur ancêtre commun, a savoir en grec « woinos, oinos » duquel provient le terme œnologue, personnage indispendable à la bonne fin du processus de vinification même si ces professionnels, scientifiques et sachants déterminants, sont parfois trop hostiles aux initiatives souvent géniales que les vignerons sont tentés de prendre pour tâcher de magnifier leurs vins…

Ceci étant, au cours de la campagne jalonnée de travaux divers et variés, il a fallu trouver le temps du Saint patron et des réjouissances et ce n’est sûrement pas un hasard si la fête des vignerons a été fixée au 22 janvier, date idéale entre la fin de la vinification et le début de la taille, lorsque la vigne est au repos.

Ce n’est pas davantage un hasard si ce jour est celui de Saint Vincent, dont le prénom, « vin » « sang », doit nous rappeler sans cesse que le vin, visceralement attaché à son terroir, est extrait par les vendanges d’une certaine veine de terre qui le marquera pour toujours, de cru en cru et de millésime en millésime, comme si elle s’était sacrifiée pour lui en se saignant au soleil.

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