A l’Aube de sa 20ème année d’alternative…

Tuer un taureau en public est aujourd’hui pour beaucoup certainement impensable mais pas plus que pour d’autres, voir les mêmes, de manger la viande d’un animal tué dans le froid d’un abattoir.

La fascination de l’homme pour le taureau remonte pourtant à la nuit des temps et la corrida existe depuis plusieurs siècles en Espagne, en Amérique Latine mais aussi dans le sud de la France.

La violence que suscite la corrida chez ceux qui la dénoncent et la combattent est tout aussi impensable car à trop s’engager dans la défense de la cause animale, ccertains finissent, hystérique, par détester visiblement et lamentablement le genre humain, ce qui n’est pas moins détestable.

La corrida de taureau existe, des femmes, des hommes remplissent des arènes pour y assister et tant que cela sera le cas, il faudra l’accepter comme étant la liberté de ces derniers en s’efforçant, simplement, de prendre la corrida juste pour ce qu’elle est et d’oser la regarder en face.

Des hommes et des femmes, à pied ou à cheval, se mettent devant les taureaux dans une arène, les font passer près de leurs corps à peine caché derrière un linge, transformant la charge droite, brute et sauvage de l’animal en trajectoire courbe et parfois fluide, gracieuse et lente, comme si le temps passait au ralenti pour permettre à ceux qui aiment au point d’être là d’éprouver le plaisir d’apprecier au mieux la noblesse de l’animal.

La raison d’exister du taureau brave de combat est la corrida. Il est né et élevé pour mourir par l’épée, dans une arène, en se battant contre une créature plus faible mais qui se veut plus intelligente que lui : l’homme.

C’est devant et avec le taureau que l’homme réalisera une œuvre artistique éphémère et unique, suscitant en alternance chez les spectateurs la peur et le relâchement (comme le décrit si bien Francis Wolff dans philosophie de la corrida) procurant au public tout à la fois la fascination et l’émotion qui, parfois, demeurera impérissable dans la mémoire de l’aficionado.

Au-delà du retour ou du maintien au sommet de leur art des toreros tels qu’Enrique Ponce, J.A. Morante de la Puebla et Julian Lopez « El Juli » toujours en tête de l’escalafon, ces dix derniers mois ont été spécialement marqués par des événements importants comme la despedida de Juan José Padilla, le cyclone de Jerez ou encore celle, plus récente, en son pays d’Arles devant plus de 12000 aficionados privilégiés, de Juan Bautista après respectivement vingt trois et vingt ans d’alternative qui les ont conduit à toréer et à tuer chacun des centaines de taureaux se trouvant parfois sur le même cartel comme en août 2010, dans les arènes pleines à craquer de Carcassonne pour une corrida de Torestrella.

Ces pages de tauromachie, qui s’écrivent et qui se tournent en laissant des traces indélébiles, témoignent aussi actuellement de l’avènement de quelques phénomènes comme le péruvien Andres Roca Rey, 23 ans, taquillero de catégorie supérieure qui se présentait encore le 23 juin 2019 dans les arènes d’Alicante où il fut époustouflant avant de mettre un terme a sa saison en annulant cet été plusieurs dizaines de prestations qui annonçaient pourtant et partout des arènes combles, preuve s’il en est que le plus difficile dans le métier de torero, comme pour la corrida, consiste à s’inscrire dans la durée.

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En parlant de ceux qui durent, comment ne pas évoquer le torero français Sebastien Castella, qui représente, au niveau mondial, ce que la tauromachie comporte plus sérieux, de plus profond et de plus engagé.

Pour preuve, à l’heure où les assauts des grands aseptiseurs sont dans tous les domaines de plus en plus violents et radicaux, le biterrois s’est récemment fendu d’une lettre ouverte qui dispense une belle leçon sur la liberté à une députée de la République en mal d’interdiction à laquelle il reproche notamment de « sauter dans l’arène de la polémique pour en tirer un revenu politique »…

S’il est vrai que le fait d’aimer les corridas, qui semble survivre à un autre temps, n’est sûrement pas aujourd’hui électoraliste, cultiver et chérir la liberté, y compris celle des minorités, revêt une hauteur d’esprit et une tolérance qui devraient être appréciées, en revanche, plus que tout.

Mais il est difficile de faire entendre, comme le rappelait Jean Cocteau, « que la haine est absente d’une corrida où ne règnent que la peur et l’amour ».

A l’Aube de sa 20ème année d’alternative, Sébastien Castella arrive à l’âge merveilleux où l’on est saisi par une irrépressible envie de prendre le risque de la transmission.

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Il est important pour le torero de savoir transmettre au public dans l’arène et il ne faut pas mentir pour y parvenir mais il faut savoir aussi, comme pour toutes les traditions, afin d’éviter qu’elles ne se perdent, transmettre à la jeunesse qui doit savoir, avant de faire ses propres choix, quelles émotions, qui n’existent nulle part ailleurs, on peut aller chercher dans une arène dont Francis Wolff affirme qu’il ne s’agit pas de l’émotion physique de la peur apaisée, ni de l’émotion esthétique de la beauté contemplée mais justement de la rencontre si singulière des deux.

A l’Aube de sa 20eme année d’alternative, je veux croire que Sébastien Castella prendra le temps, durant l’année a venir, de transmettre sa passion et de se rappeler, d’une façon ou d’une autre, de ceux qui ont toujours cru en lui et notamment à Carcassonne le Cercle Taurin Carcassonnais qui fut sa première pena dès 1999 alors qu’il n’était encore que novillero…

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Gageons que toute l’aficion Carcassonnaise, réunie pour l’occasion, sera à présente à cet hypothétique mais néanmoins très probable rendez-vous.

Suerte.

Franck Alberti

*1 entre autres en 2002, El Fandi, Morante et le ganadero Antonio Gavira Martin décédé en 2005 accidentellement au campo, Alvaro Montes, rejoneador, y Juan Fandilla, père d’El Fandi

*2 Sébastien Castella (photo Laure Crespy) « prendre des risques, c’est donner l’occasion a la vie de s’exprimer »

*3 Bernard Castans, Pdt du Cercle Taurin Carcassonnais, péna Sebastien Castella

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