Agissons pour que les vendanges 2018 ne soient pas les dernières…

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En ces premiers jours du mois d’octobre 2018, les vignerons Audois s’apprêtaient à terminer les vendanges tandis que les plus téméraires semblaient vouloir attendre encore un peu pour cueillir à la main le raisin plus que mûr, à la limite du raisonnable, pour en faire un vin qui ressemble à notre territoire.

Cette vendange vigneronne qui consiste à récolter du raisin pour en faire du vin, c’est le résultat d’une année de patience, de surveillance et de soins prodigués à la vigne.

Si dans chaque région, il faut attendre l’autorisation Préfectorale pour démarrer la récolte, ce qu’on appelle le ban des vendanges, le vigneron attend et espère surtout qu’advienne au cœur de ses raisins le bon équilibre entre l’acidité et le sucre.

Quand la décision est prise et que la colle des vendangeurs est organisée, c’est encore l’anxiété qui domine guidée par la crainte de la mauvaise surprise ou de l’accident susceptible d’empêcher le vigneron de rentrer sa récolte.

Ce n’est que par l’excitation, qui résulte probablement de l’impression que l’on a de prendre part à la transmission d’une tradition séculaire, que le plaisir prend le pas pour laisser place en se multipliant à une commune et heureuse agitation dans tous les villages vignerons de notre Département.

C’est généralement à ce moment là, à l’occasion des vendanges, que l’on peut se remettre à apprécier les petits matins frais qui mettent fin aux chaleurs de l’été ainsi que les copieux petits déjeuners pris chaque matin au bout d’une rangée de ceps qui, bien que noueux, se tiennent alignés comme s’il s’agissait d’une ligne tracée, fière et rigoureuse, à la gloire du travail des viticulteurs.

Des dos courbés de vendangeurs se distinguent dans les rangs et plus haut encore émergent les chapeaux et casquettes qui dépassent des feuillages dont certains, de couleur rouille, abritent quelques grains fripés qui noirciront et feront coller les mains plus que les autres mais qui finiront quand même, en étant bien traités, dans les paniers d’osier, les seaux et les comportes.

Triés et égrainés à la cave, les raisins seront ensuite plongés dans la cuve où le miracle s’enclenche avec les levures, indigènes ou pas, qui travaillent sans relâche pour qu’à force de piges et de remontages, le mustimètre puisse descendre, en moins de trois semaines si tout va bien, de plus de 1100 à 994…

Cette période du 22 Septembre au 21 Octobre s’appelait autrefois « Vendémiaire », dans le premier calendrier Républicain Français, un nom qui faisait référence à la période des vendanges.

Mais en cette période, il y a la mi-Octobre et dans l’Aude, cette date correspond parfois à la fête ancestrale du « dius a vol » qui est une expression occitane que clamaient les paysans autrefois pour louer la Providence d’avoir bien voulu protéger le travail commun sous la grande lumière du Sud.

Cette année, et sauf s’il s’agissait du fait de l’Homme, Dieu n’a manifestement pas voulu…

En effet, cette date du 15 Octobre, qui dans l’Aude coïncide à peu près à la sortie traditionnelle du vin primeur, restera chez nous désormais, et pour longtemps, celle des inondations dramatiques qui ont traumatisé toute la population.

En écrivant ces lignes, je pense non seulement à ceux qui sont morts et à leur famille ainsi qu’à ceux qui ont tout perdu mais également aux vignerons qui incarnent ce département de l’Aude et qui s’illustrent par leur force, leur courage et leur abnégation.

Aux vignerons audois qui ont déjà été affectés depuis plusieurs années par la sécheresse, la grêle, le gel et cette année par le mildiou avant d’assister, impuissants ce 15 Octobre, à la destruction par les eaux de tout ou partie de leurs vignes qui ont plié et rompu sous la force du fleuve et de ses affluents en furie, je veux dire mon attachement, mon respect à l’égard de leur dignité et toute ma solidarité.

Parce que la solidarité n’est pas un vain mot et parce que nous avons été privés cette année des traditionnelles festivités marquant la fin des vendanges, nous en organiserons d’autres, celles de la solidarité, et je salue en attendant le fait que « Dius a vol » a malgré tout constitué pour nous, depuis la catastrophe, un véritable appel œcuménique qui a engendré entraide et solidarité, comme une bienveillante louange tournée vers la nature qui nous a pourtant fait tant de mal, marquant l’attachement viscéral des Audois à leur territoire, au ciel qui le surplombe et aux vignes qui les rendent fiers…

Agissons pour que les vendanges 2018 ne soient pas les dernières…

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